L'usage thérapeutique de la kétamine pourrait être sans danger, selon une étude
Souvent utilisée en médecine comme anesthésique, la kétamine est de plus en plus prescrite pour soulager les symptômes dépressifs. Ce psychotrope à action très rapide est particulièrement indiqué pour le traitement des patients résistants aux antidépresseurs classiques. Sa prescription fait cependant débat : certains estiment qu'elle présente un risque fort d'addiction. Une équipe de l'Université de Genève (UNIGE) a étudié cette question en administrant le médicament à des souris. Même si, comme toutes les drogues, elle déclenche une poussée de dopamine dans votre cerveau, elle inhibe également un récepteur spécifique qui empêche la progression de la dépendance. Ces résultats peuvent être lus dans la revue Nature. …

L'usage thérapeutique de la kétamine pourrait être sans danger, selon une étude
Souvent utilisée en médecine comme anesthésique, la kétamine est de plus en plus prescrite pour soulager les symptômes dépressifs. Ce psychotrope à action très rapide est particulièrement indiqué pour le traitement des patients résistants aux antidépresseurs classiques. Sa prescription fait cependant débat : certains estiment qu'elle présente un risque fort d'addiction. Une équipe de l'Université de Genève (UNIGE) a étudié cette question en administrant le médicament à des souris. Même si, comme toutes les drogues, elle déclenche une poussée de dopamine dans votre cerveau, elle inhibe également un récepteur spécifique qui empêche la progression de la dépendance. Ces résultats peuvent être lus dans la revue Nature.
Découverte en 1962 par le chimiste américain Calvin Lee Stevens, la kétamine est une drogue de synthèse dérivée de la phencyclidine qui possède de puissantes propriétés anesthésiques. Il est couramment utilisé en médecine humaine et vétérinaire, notamment pour le soulagement de la douleur et la sédation de courte durée. Il est également utilisé illégalement à des fins récréatives car ses effets dissociatifs produisent une perception altérée de la réalité.
Depuis une dizaine d’années, la kétamine est également prescrite pour traiter les symptômes dépressifs chez les personnes résistantes aux traitements conventionnels. Son action a l’avantage d’être très rapide : son effet se fait sentir quelques heures après la première dose, alors que les antidépresseurs traditionnels mettent plusieurs semaines à agir. Même si les prescriptions de ce type de traitement augmentent, cette substance reste encore largement discutée dans la communauté scientifique.
"Certains pensent que la kétamine présente un fort risque d'addiction lorsqu'elle est prise sur une longue période, d'autres non. Tout l'intérêt de notre recherche était d'essayer d'apporter des réponses", explique Christian Lüscher, professeur ordinaire au Département de neurosciences fondamentales de la Faculté de médecine de l'UNIGE et spécialiste des mécanismes à l'origine de l'addiction.
Addiction vs dépendance
La dépendance est la consommation compulsive d’une substance malgré des conséquences négatives (trouble du comportement). La dépendance, quant à elle, se caractérise par l’apparition d’un ou plusieurs symptômes de sevrage lors de l’arrêt brutal de la consommation (trouble physiologique). La dépendance, dont les manifestations physiques varient fortement selon les drogues, touche tout le monde. En revanche, la dépendance ne touche qu’une minorité de personnes et n’est pas provoquée par toutes les drogues.
Par exemple, avec la cocaïne, même après une exposition prolongée, seuls 20 % des consommateurs deviennent dépendants. Pour les opiacés, le taux est de 30 %. Dans leurs travaux les plus récents, l'équipe de Christian Lüscher a tenté d'évaluer le risque d'addiction à la kétamine.
Brève stimulation du système de récompense
Les chercheurs de l'UNIGE ont utilisé un appareil permettant à des souris de s'auto-administrer des doses de kétamine.
Les médicaments stimulent intensément le système de récompense du cerveau, entraînant une augmentation des niveaux de dopamine. La première étape consistait à observer si ce mécanisme fonctionnait également lors de la prise de kétamine.
Yue Li, chercheur postdoctoral, Département de neurosciences fondamentales, Faculté de médecine de l'UNIGE
Les scientifiques ont découvert que les niveaux de dopamine – également connue sous le nom de « molécule du plaisir » – augmentaient avec chaque dose, déclenchant un renforcement positif chez les souris qui les motivait à répéter l’auto-administration. "Contrairement à la cocaïne, par exemple, nous avons constaté que les niveaux de dopamine diminuaient très rapidement après la prise de la drogue", explique Yue Li.
Un médicament qui ne laisse aucune « trace ».
L'équipe de recherche a voulu comprendre ce phénomène. Ils ont découvert que la kétamine déclenchait une augmentation de la dopamine en inhibant une molécule appelée récepteur NMDA dans le centre de récompense du cerveau du rongeur. La dopamine se lie ensuite à un autre récepteur (appelé récepteur D2), qui agit comme un frein rapide à l’augmentation de la dopamine. Les chercheurs ont également confirmé que l’action du récepteur NMDA est nécessaire pour modifier la communication entre les cellules nerveuses qui sont à l’origine du changement de comportement conduisant à la dépendance. L'inhibition du récepteur NMDA par la kétamine rend cette modification impossible.
"La conséquence de ce double effet de la kétamine est qu'elle n'induit pas la plasticité synaptique qu'ont les drogues addictives et qui persiste dans le cerveau après la disparition de la substance. C'est cette mémoire du produit dans le système de récompense - qui fait défaut avec la kétamine - qui entraîne la répétition de la consommation, explique Christian Lüscher. Le risque d'addiction à la kétamine chez les rongeurs semble donc nul. Il en est de même chez l'homme. comme ça ? Ce risque peut-il varier selon les personnes ? Notre étude fournit un cadre solide pour discuter de l’accès à son usage thérapeutique », conclut Christian Lüscher.
Source:
Référence:
Simmler, L.D. et coll. (2022) Les doubles effets de la kétamine limitent la responsabilité en matière de dépendance. Nature. est ce que je.org/10.1038/s41586-022-04993-7.
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